L’éthique en photographie animalière

Dans un monde où la photographie est facilitée par du matériel plus accessible, les smartphones et la course aux likes sur les réseaux sociaux, il me semble important de parler de l’éthique en photographie animalière.

Ainsi ce sont des centaines de nouveaux adeptes qui vont se rendre sur le terrain afin d’obtenir « L’Image »!

La photographie animalière a souvent été un outil de sensibilisation à la protection de la biodiversité, de connaissance de la faune et sa beauté. Mais se rendre sur le territoire d’animaux sauvages, qui n’ont rien demandé, pour les photographier peut avoir un impact. Et il est primordial de minimiser cet impact.

Malheureusement, j’ai souvent observé des chasseurs d’image, munis d’un smartphone , d’un équipement adapté ou non, mettre la pression sur des animaux pour mettre en boite l’image de concours, ou faire le buzz sur les réseaux.

Pour peu qu’ils rajoutent la localisation, et ce sont des centaines de personnes qui vont débouler sur le territoire de l’animal.

Je ne sais combien de fois je me suis mise en colère de voir la bêtise de l’homme et son irrespect pour l’animal, juste pour une photo.

Alors que la nature nous offre cette rencontre. C’est un véritable cadeau qu’il faut savoir apprécier. Magie de l’instant. Observation bienveillante et respectueuse du vivant. Face à face intime. Profondeur du regard. Emotions intenses. J’ai plus souvent observé que photographié. Car au final, la photographie animalière n’est-elle pas un prétexte juste pour rencontrer la beauté du vivant ? La partager et sensibiliser ?

Regard de bison
Regard de bison

Se renseigner

Lorsque vous souhaitez photographier un animal sauvage, étudiez avant tout sa biologie, son comportement, l’éthologie de celui-ci. Apprenez son mode de vie et ses habitudes. Mais aussi ses fragilités afin de minimiser votre impact et éviter une situation catastrophique.

Exemple bien connu de photographes voulant photographier des renardeaux au terrier. Si la mère repère le photographe et considère qu’il y a un danger, alors elle va déménager ses petits et c’est parfois la catastrophe.

Prenez un guide

Lorsque je veux photographier un animal dont je ne connais pas assez ses habitudes, comportement…., je prends souvent un guide.

Ainsi cette année, ayant un projet de livre sur la cohabitation, j’ai besoin de photographier l’ours cantabrique. Ne connaissant pas assez cet animal ni son lieu de vie qui est vaste et très accidenté, j’ai pris un guide local pour m’accompagner à chaque voyage( puisque j’y vais à des saisons bien précises et différentes).

Et bien sûr, lorsque je choisi un guide, je regarde son éthique. Photographier oui mais avec respect.

Respectez les animaux

Lorsque nous nous rendons sur le territoire d’un animal, il est important de se rendre compte que nous sommes chez lui.

Déplacez vous le plus silencieusement possible. En plus de respecter l’environnement et ses habitants, cela vous permettra plus facilement d’observer et peut-être de photographier. Je dis peut-être car la photographie devrait être placée en second temps. L’observation est importante et vous fera vibrer comme jamais, et vous permettra d’en savoir plus sur l’animal rencontré. Les photos qui suivront n’en seront que meilleures…

Renard curieux
Renard curieux

Observez leur attitude.

Tous les animaux ont une distance d’approche maximum. Et si vous faites un pas de trop dans leur direction, ils fuient.

Mais comment connaitre cette distance ?

Si vous observez attentivement le comportement de l’animal en face de vous, il y a des signaux non verbaux qui ne trompent pas et vous avertissent que si vous avancez plus, c’est la fuite. Ces signaux, c’est grâce à l’observation que vous pourrez les détecter.

Personnellement, étant très sensible, je ressens le champ énergétique de protection de l’animal et je sais exactement quand l’animal va partir ou décoller. Bien sûr, je m’arrête avant et cela permet de gagner la confiance de l’animal.

Et c’est ainsi que bien souvent, lorsque cette distance est respectée, c’est l’animal qui va venir à nous. Et la magie est à l’oeuvre.

Communiquez avec l’animal.

Alors, pour ce conseil, vous ne le lirez pas souvent…! Comme je vous l’ai dit précédemment, je suis une grande sensible, intuitive et je pratique la communication inter-espèces( je vous en parlerai plus dans d’autres articles).

Lorsque je rencontre un animal, et que nos regards se croisent, tout de suite je communique avec lui, juste pour le rassurer et lui expliquer pourquoi je suis là. Je le remercie d’être là. Mais pas seulement de la tête. Je ressens une gratitude infinie et ils le ressentent. C’est ainsi qu’il m’arrive souvent que l’animal reste juste là, me laisse prendre quelques clichés et je peux me retirer doucement sans que celui-ci n’ai fuit.

Cette communication me permet de vivre des rencontres extraordinaires. J’ai ainsi passer une matinée complète à quelques mètres d’un groupe de chevreuils qui étaient sur leur lieu de repos. ( je vous en reparlerai). En étant complètement à découvert. Mais ils m’avaient acceptée. Et bien d’autres rencontres que je vous conterais.

Les animaux captent notre énergie, notre intention et cela compte énormément en photographie animalière.

Jeunes animaux et/ ou groupes d’animaux

Lorsque vous approchez des groupes d’animaux, faites attention à ne pas vous interposer entre les individus et spécialement s’il y a des mères et des petits. Cela peut créer un énorme stress et devient même dangereux pour le photographe qui pourra se faire charger.

De même si vous observez des signes de stress des parents, retirez vous tranquillement.

Personnellement, j’évite toute photographie au nid ou au terrier s’il n’y a aucun moyen de se cacher et je garde mes distances. Le matériel d’aujourd’hui, notamment les téléobjectifs, nous permet de rester loin et de photographier en toute sécurité, alors pourquoi se rapprocher ? D’ailleurs de plus en plus de concours ont une éthique et excluent toute photographie au nid…

Espèces nocturnes

Attention : l’éclairage de nuit pour rechercher des animaux est interdit en France depuis 1986. Certaines pratiques se font avec des éclairages, des flashs trop puissants. Mais cela peut occasionner une grande gêne pour certaines espèces.

Par exemple, photographier des chouettes ou des hiboux avec des flashs peut provoquer un éblouissement tel qu’ils ne peuvent plus chasser pendant un moment. Hors la nuit, ils chassent pour répondre à leur besoin vital : se nourrir. Laissons la nuit aux animaux…

Pensez en terme d’énergie

Que ce soient des animaux en migration, ou en hibernation ou simplement diurne ou nocturne, ils ont besoin d’économiser leur énergie pour répondre à leurs besoins vitaux. Il est donc important de tout faire pour ne pas leur créer de. dépenses énergétiques supplémentaires, comme pour la fuite…

Les animaux économisent leur énergie car elle est complètement mise au service de leur survie. C’est pour ça qu’il n’est pas rare par exemple, de croiser un coyote marchant sur la route plutôt que dans 40 cm de neige. Respectons cela.

Pratiques honteuses

Je ne vais pas rentrer dans le détail de ces pratiques mais il faut savoir que certains photographes font n’importe quoi pour avoir la super photo : des insectes mis au réfrigérateur pour les rendre plus lents, les poissons hors de l’eau, des appâts dans des aquariums, des appâts avec de la nourriture, la repasse( diffusion d’un chant ou d’un son pour attirer l’oiseau ou autre), manipulations en tout genre, sur-pression de photographes( 50 photographes arrivant en même temps sur un animal… si si je l’ai vécu)… et j’en passe.

Le photographe animalier devrait être un grand amoureux de la nature et donc la respecter. L’éthique en photographie animalière devrait donc être évidente mais aujourd’hui, tout se consomme… même la nature…

Profitons de la nature de manière responsable !

Respectez la loi

Lorsque vous vous rendez dans certaines grandes réserves naturelles, consultez le règlement. En effet, certaines zones sont interdites aux humains pour laisser des zones où les animaux savent qu’ils sont tranquilles. Des cartes signalant ces zones de réserve intégrale sont souvent éditées, procurez vous en une.

De même restez sur les sentiers.

Je vais vous racontez une rencontre.

C’était lors d’un de mes premiers voyages en Italie dans une région que je chéris particulièrement. Le guide nous invite à rester sur les sentiers et nous allons vite comprendre pourquoi. Il y a eu deux expériences lors de ce voyage qui nous ont montré l’importance de respecter cela.

La première expérience fût un groupe de biches que nous vîmes au loin. Notre groupe avançant sur les sentiers, les biches nous voient mais ne bougent pas. Puis un couple de personnes un peu plus loin décide de couper et de s’avancer vers les biches en sortant du sentier. Résultat ? fuite des biches…

La deuxième expérience se passe en montagne. Nous grimpons quelques heures et arrivons dans un lieu où se trouve tout un groupe de chamois. C’est la saison du rut. Nous avançons ainsi vers eux silencieusement et en douceur en restant sur les sentiers. Il y a de la neige, de la brume et des petits avec leurs mères en plus de mâles présents pour le rut. Nous nous arrêtons à bonne distance. Et là, la magie opère. Plusieurs petits curieux vont se rapprocher. Certains vont descendre sur le sentier et nous approcher. Il y en a même qui vont jouer avec nous.

Cette deuxième expérience résume à elle seule ce que respecter une éthique en photographie animalière peut provoquer. Ici nous avons la bonne intention de respecter l’animal, nous gardons nos distances, nous respectons la loi en restant sur le sentier, pas de bruit…et la magie opère. La rencontre va durer 1 bonne heure et nous nous retirons(car nous commencions à avoir trop froid) sans avoir dérangé les chamois qui sont toujours là et aussi curieux de notre présence. Une rencontre telle quelle est la plus merveilleuse qui soit. Et chaque photographie de ce moment vous le rappellera.

l'éthique en photo animaliere chamois curieux
L’éthique en photographie animalière-
chamois curieux

Conclusion de l’article L’éthique en photographie animalière

J’ai écrit cet article non pas dans le but de faire la leçon mais plutôt de sensibiliser, faire prendre conscience à tout débutant en photographie animalière qu’une simple excursion sur le territoire d’un animal a un impact. Une erreur, une maladresse, on en fait tous.

Le photographe ou naturaliste s’inscrit dans une démarche d’observation bienveillante du monde sauvage, sans perturber l’animal. Il est ce témoin, celui qui transmet par l’image l’authenticité de la rencontre, du monde vivant et de l’importance de le préserver. A l’ère des influenceurs, pour le photographe animalier, c’est être en retrait, discret, garder secret le lieu où l’on a eu le privilège de croiser l’animal, de l’entrevoir, de le contempler, de vibrer, de ressentir une émotion.

Le monde

La photographie animalière reste une pratique magnifique, un moyen de sensibiliser à la beauté du vivant mais aussi sa fragilité. Alors adoptons tous du bon sens et soyons conscient de la chance inestimable que nous avons de rencontrer ces êtres magnifiques, que sont les animaux, qui ont tant à nous apprendre.

Enfin, n’hésitez pas à aller lire l’énorme coup de gueule de David Wolberg sur l’éthique en photographie animalière, lors d’une entrevue avec Phototrend.

Découvrez également la charte de la photographie animalière créée par Ifaw et Tamron pour une meilleure pratique photographique.

L’éthique en photographie animalière
Charte de la photographie animalière par Ifaw et Tamron

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12 commentaires

  1. J’adore !
    Je pense que l’éthique c’est capital dans tout ce qu’on fait, et à mon sens la photographie animalière fait partie des sujets où on a une responsabilité particulière en tant qu’humain car le plaisir des yeux de magnifiques moments immortalisés ne justifie en rien de léser dans sa vie / son territoire un animal qui n’a rien demandé.
    Bravo pour cet article, et pour vos photos par ailleurs magnifiques !

    • Merci beaucoup Valérie ! oui c’est la base mais ça ne l’est malheureusement pas pour tout le monde. Et quand respect il y a, l’émerveillement est bien plus important …

  2. Merci pour cet article Carole, c’est un sujet tellement important ! J’ai vécu exactement ce que tu décris : un photographe qui s’était approché très près d’un terrier de renard, avec les renardeaux aux alentours, et il était à peine caché derrière un arbre tout fin… Ça m’avait mise en colère et j’avais vraiment espéré que la mère ne débarque pas à ce moment-là !

    • Un ami m’a montré une fois un terrier de renard. Mais je n’ai jamais fait d’affût car pas vraiment d’endroit pour se cacher. J’ai préféré attendre que la renarde prenne ses quartiers d’été pour aller la visiter. Même si c’est très tentant car tellement mignon, pour moi le bien être de l’animal prime sur tout. Mais dans le milieu de la photo ce n’est pas toujours le cas, et parfois par ignorance, tout simplement…C’est pour cç qu’il faut bien se renseigner sur l’animal, ses habitudes et parfois on en rencontre un qui n’a que faire de notre présence et là c’est cadeau.

  3. Un sujet pas aussi futile que ça… Mais ô combien essentiel ! Trop de gens agissent, sans penser à mal, que parce que les « modèles » sont des animaux tout est permis ! Merci de souligner l’importance d’avoir une démarche éthique comme si les modèles étaient des enfants.

    • oh oui ESSENTIEL ! l’humain n’a pas encore conscience qu’un animal est un être vivant qui a des droits et à qui on doit le respect. La sagesse des anciens est partie aux oubliettes même si on en parle de plus en plus…

  4. Merci pour cet article utile ! Je ne savais même pas qu’il y avait une éthique en photographie animalière. C’est vraiment bon à le savoir et ce que tu décris est très précieux comme information !

    • Merci pour ton commentaire. Malheureusement tout se consomme aujourd’hui, même la nature… Alors si ça peut éveiller quelques consciences à une démarche respectueuse du vivant, tant mieux.

  5. Un article essentiel selon moi pour la photographie animalière voire de personnes … ne pas être intrusif et respecter la ‘nature’ des choses … J’ai à plusieurs reprises vécu dans les endroits reculés du monde pour des raisons professionnelles et je me suis toujours interdit de prendre des photos sans la permission de mes sujets … sauf à ce qu’elles soient en quelques sortes ‘acceptées inconsciemment’ c’est à dire qui ne porte pas défaut au sujet que je souhaitait prendre en photo … et d’ailleurs souvent ce furent ces personnes qui m’invitaient à les photographier … Je suppose que les mêmes valeurs s’appliquent auprès des animaux comme tes deux exemples le démontre … Merci pour ce très bel article 🙏

  6. J’ai vraiment apprécié cet article. Tu expliques clairement que l’éthique en photographie passe par le respect de l’animal et de son environnement, mais aussi, par le renseignement, l’observation, l’accompagnement, la communication. Tout photographe animalier devrait connaître la charte de la photographie animalière par Ifaw et Tamron. Merci ! 🙂

  7. Avec ma fille, nous avons fait un affût en pleine forêt, dans l’espoir d’apercevoir ou entendre des animaux. Nous avons vu une hermine et pas question de faire du bruit. Avec des gestes lents, j’ai récupéré l’appareil photo mais trop tard, elle était partie. Au fond, ce n’était pas grave, le plus important était d’avoir pu l’observer.
    Merci pour ce magnifique article

  8. très bel article et qui devrait être lu par tous ceux qui veulent se lancer dans la photographie animalière.

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